Electrifying Mojo

L’heritage de Charles Johnson, dit Electrifying Mojo

On entend souvent dire que la techno est le résultat du mélange des musiques noires américaines et des musiques électroniques venues d’Europe. Mais comment ces courants si différents se sont-ils rencontrés ?

 

La réponse se trouve dans l’éclectisme des émissions de radio de Charles Johnson, dit Electrifying Mojo. De 1977 à 1985, le monsieur diffusa sur les ondes hertziennes de la ville de Detroit son émission Midnight Funk Association. Programme sans concessions dans un paysage radiophonique strictement normé, il fut un fin praticien de la philosophie qu’il appelait « counterclockwiseology » (la science d’aller à rebours du temps). Six soirs par semaine, l’émission débutait par une simulation audio de l’atterrissage du vaisseau interstellaire de Mojo, le « mothership ». Le vaisseau spatial garé dans un coin du décor post apocalyptique et mystique qu’est Detroit, la fête pouvait commencer ! Dans la même soirée on avait le plaisir d’entendre « Knee Deep » de Parliament, le « Firecracker » du Yellow Magic Orchestra ou encore n’importe quel titre de Prince & the Time.

 

Electrifying Mojo, Midnight Funk Association

 

Une anecdote rapporte que Mojo trouva l’album Autobahn de Kraftwerk dans la poubelle d’une station radio qui utilisait le joyau comme accompagnement musical des coupures publicitaires.

Vous l’aurez compris, Charles Johnson n’était pas du genre à diffuser des radio edit. C’est ainsi que lorsque l’album Computer World de Krafwerk sortit en 1981, Mojo diffusa l’ensemble de l’album chaque nuit, laissant une emprunte durable dans les tympans de jeunes auditeurs tel que Juan Atkins et sa bande.

 

La légende raconte que Juan qui habitait alors Belleville (c’est effectivement le nom de la petite bourgade qu’habitait Atkins dans la banlieue de Detroit) fit découvrir l’émission de Mojo à Derrick May et Kevin Saunderson. C’est au gré des voyages spatio-temporels que proposait la Midnight Funk Association que le trio entreprit de réaliser ses propres mixes à grand coup de bouton play/pause.

Quelques années plus tard, lorsque le duo Cybotron (Atkins, Rick Davis), pionnier de la techno, sortit « Alleys of your mind », le morceau bénéficia d’un important temps d’antenne dans l’émission de Mojo. Le single se vendit à 15 mille exemplaires à Detroit intra muros.

 

Cybotron – Clear

 

L’héritage formidable que nous laisse Mojo tient également dans le fait que son émission relevait d’un certain militantisme propre à abattre les barrières et préjugés de l’époque. L’émission avait lieu à une période ou les blancs écoutaient de la musique de blancs et les noirs de la musique de noirs. L’homme a totalement abolit le clivage en trois coups de fader.

En effet la philosophie de Mojo participait à la déconstruction du concept comme quoi la musique était écoutée selon les communautés.

Dans une interview pour Mondomix, Jeff Mills parle de la différence qu’il y a entre ceux pour qui la musique était faite à la base et ceux qui l’écoutaient au final. Il évoque l’émission de Mojo, qui lui a fait prendre conscience que la musique était incolore, sans prédestination, ni code.

 

On peut affirmer que le goût du mélange musical qu’entretinrent les jeunes artistes de la scène Techno de Detroit provient d’émissions comme la Midnight Funk Association. Et même lorsque celle-ci disparut des ondes au milieu des années 80, d’autre l’imitèrent.

DJ Lisa Lisa reprit le concept et anima une émission intitulée Midnight Mix Association. Elle reçu les remerciements de Mojo pour continuer son œuvre d’abrogation des frontières sonores.

 

George Clinton – Atomic Dog

 

On peut finalement résumer l’héritage de Charles Johnson, en citant Derrick May qui déclare que la techno est la rencontre « de George Clinton et de Krafwerk coincés dans un ascenseur avec un séquenceur comme seule compagnie. » En ajoutant que c’est Electrifying Mojo qui a appuyé sur les boutons pour bloquer l’ascenseur.

 

Interview de Jeff Mills pour Mondomix

http://www.mondomix.com/news/jeff-mills-au-debut-de-la-techno-il-n-y-avait-pas-de-consideration-raciale

 

Youri