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Légende acide : la TB-303

Aujourd’hui on vous parle d’une machine, légendaire, qui ayant vu le jour dans les années 80, a traversé les âges de la musique électronique. Toujours présente dans un certain nombre de productions contemporaines, c’est à se demander si elle ne nous viendrait pas du futur. Le Roland TB 303 dont la couleur acidulée sonne et résonne avec la psyché de chacun, est à l’acid house et la techno ce que la guitare électrique fut au rock’n’roll.

 

Conçu au Japon par Tadao Kikumoto (papa de la TR 909 également) dans les laboratoires du fabricant Roland, le générateur de basse TB 303 fut commercialisé en 1982. Il était à l’origine un instrument destiné à pourvoir les instrumentistes solos en ligne de basse d’accompagnement. Le 303 est donc un synthétiseur analogique réduit à sa plus simple expression. On joue une séquence de notes sur le clavier rudimentaire, on règle l’oscillateur, on bidouille l’enveloppe et le filtre passe bas, on presse play puis on attend qu’émerge de la petite boîte quelque chose qui ressemble à une ligne de basse.

Le TB 303 fut un échec commercial et échoua totalement dans l’usage premier que ses concepteurs avaient défini.

Cependant, tombée entre les mains de quelques producteurs innovants, toujours à la recherche de sonorités nouvelles, la petite boîte se révéla capable de produire une musique nerveuse, angoissante et psychédélique à la fois.

 

Nous sommes en 1982, et le premier disque dans lequel figure un TB 303 vient de paraître. Il s’agit de Synthesizing : Ten Ragas to a disco beat du compositeur indien Charanjit Singh. Les morceaux, à l’origine composés pour vulgariser les traditionnels Ragas indiens, par le biais du disco, se retrouvent être totalement avant-gardistes pour l’époque. Charanjit Singh prophétise l’acid house, comme s’il avait fais un tour en DeLorean dans le Chicago de la fin des années 80. Certains vont même jusqu’à lui en attribuer la paternité. On trouve également dans son album la fameuse TR 808 et le son pinçant du synthétiseur Roland Jupiter 8.

 

C’est donc à Chicago que les potards du TB 303, manipulés par DJ Pierre (membre de Phuture), donne de nouveau une ligne de basse écrasante et monotone à la texture fluctuante et organique. Des sons explosifs et glissants émanent du petit boîtier au gré des tressautements de la ligne de basse effrénée qui ne cesse de subir des variations de timbre. Sorti en 1987, le morceau nommé Acid Trax, fut dès lors considéré comme le disque fondateur de l’acid house, suivi de près par le « I’ve lost control » de Sleezy D. Un courant était né pour nous emporter vers des contrées musicales jusqu’ alors inexplorées, et venait de donner au petit boîtier bourdonnant et nasillard ses lettres de noblesse.

 

 

Depuis, tous les producteurs s’approprient un jour ou l’autre les sonorités de l’ « acid dream machine ». Jeff Mills et Richie Hawtin (Plastikman) donnèrent au TB 303 un rôle essentiel dans ce qu’on appelle aujourd’hui la seconde vague de la techno de Détroit.

La Psy Trance, dans ses origines et aujourd’hui encore fait un usage caractéristique du TB 303 que cela soit pour ses lignes de basse ou ses envolées psychédéliques, bruiteuses qu’on lui connait.

En 1997 l’album The fat of the land de Prodigy, dans lequel on retrouve massivement le timbre acid du TB 303, émulé par un Korg Prophecy, atteint le sommet des chartes américaines.

Massive Attack, les gourous du trip hop sont même parvenus à produire avec le 303 une ligne de basse lente et élégante, telle que l’avait pensée son concepteur à l’origine. Le morceau s’appelle Weather Storm sur l’album Protection.

La petite boite que les guitaristes des années 80 jetaient à la poubelle est sacrée grâle de la musique électronique. Elle est aujourd’hui l’un des synthétiseurs « vintage » les plus recherchés, mais les producteurs contemporains ne se lassent pas de l’utiliser ou de l’imiter via des logiciels ou des clones pour le plus grand plaisir de nos oreilles.

 

Tour d’horizon non exhaustif de morceaux à base de TB 303

 

Phuture – Acid Trax

 

Charanjit Singh – Synthesizing : Ten Ragas to a disco beat

 

Plastikman – Plasticine

 

Genetic – Trancemission

 

(Bonus) Orange Juice – Rip it up