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LA « GOA TRANCE » ?

Depuis l’avènement de la PsyTrance au début des années 90, on a vu et on continue de voir un bon nombre de productions, albums, compilations estampillés « Goa Trance ». Le terme fait débat au sein de la communauté, est-ce un sous-genre ? une appellation pour désigner la trance produite à Goa, ou celle des années 90, à moins que ce ne soit tout simplement un synonyme de Trance psychédélique ?
La réponse à ces questions se trouve en partie dans l’Histoire de cette musique.

Nous sommes à Goa en 1984, posés sur une plage de sable fin, une sensation inaccoutumée nous envahit. On se dit que le buvard qu’on vient de gober y est pour quelque chose, à moins que cela ne soit l’étrange musique qui émane du sound system. C’est DJ Laurent aux platines, un Français, il passe des tracks de son cru. Un mélange de rock psyché étiré jusqu’à former des nappes sur lesquelles sont superposées des lignes de boites à rythmes et de synthétiseurs. Le tout forme une atmosphère rituelle, enivrante, presque tribale qu’on appela alors « special music », l’ancêtre de la Trance.
Cependant, les hippies de Goa ne furent pas très sensibles à cette musique, leur culture musicale était plus proche des Grateful Dead et de Pink Floyd que de Juan Atkins ou Derrick May.

Goa Gil – Acid Boom

Puis comme le raconte Goa Gil dans son entretien avec Michael Gosney, « we started play electronic dance music all night long, and have blacklights and fluorescent paintings». Effectivement, certains hippies se rendirent à l’évidence que cette musique était parfaite pour laisser courir son subconscient dans les décors mystiques de Goa.
Du coup à la fin des années 80, le terme de « special music » fut remplacé par « trance dance » qui fait écho à l’état de conscience sublimé dans lequel on se trouve grâce à l’écoute de cette musique combinée à l’usage de psychotropes.
C’est durant cette même période que la techno prit réellement forme à Detroit, et Goa ne fut pas en reste. Véritable carrefour où culture hippie et musique électronique se marièrent dans des noces pour le moins psychédéliques. Goa est alors un lieu d’effervescence musicale vers lequel convergent travellers, musiciens, et autres aventuriers férus d’expérimentations sonores.
Après avoir participé à ce bouillonnement, des artistes des quatre coins du monde rentrèrent chez eux imbibés de cette culture musicale naissante, avec la ferme intention de la développer dans leurs coins respectifs.
Entre 88 et 92, on assiste à une véritable occidentalisation du phénomène « trance party », du fait qu’elles aient lieu aux cœurs des grandes villes européennes et asiatiques (Japon, Australie).
L’année 93 marqua un tournant majeur pour la Trance, c’est à ce moment qu’émergent les premiers labels et artistes qui vont cristalliser les propriétés esthétiques de la Trance.
C’est à Londres en premier lieu que cette transposition s’opéra en la personne de Martin Glover. Le monsieur, plus connu sous le pseudonyme de Youth, fonde le label Dragonfly et produit en mai 1993 la première compilation de Trance, Project II Trance, sur laquelle figure notamment les Français, Total Eclipse.

Total Eclipse – Aliens

Le mouvement connaît alors quelques contradictions, les labels londoniens inventent une appellation commerciale faisant référence au lieu de diffusion de cette musique, la « Goa Trance ». Pendant qu’au même moment le mouvement s’essouffle à Goa, où les « Trance party » sont victimes d’interdictions inopportunes. Les autorités ayant bien compris que les gros touristes russes valaient mieux que les hippies et travellers pour lesquels un bout de paille et un chapati suffisent à vivre une semaine.
Cependant, l’appellation Goa Trance n’eut pas de mauvaises conséquences commerciales. Les fêtes et compilations diverses estampillées « Goa trance » contribuèrent à établir un véritable support de référence pour cette musique restée underground.
C’est à la fin des année 90 que le terme est remplacé par celui de « psychedelic trance » du fait de l’essoufflement du marketing musical « Goa » et d’une réorientation au niveau de la production musicale, moins indianisée mais toujours propice aux délires psychotropiques.
Avec le recul il est évident que Goa fut le lieu d’une rencontre plus que le berceau originaire de la Trance. Cette musique produite aux cœurs des capitales du monde entier se nourrit aujourd’hui aussi bien de ses propres racines que d’autres influences et ne cesse de se renouveler au travers de ses multiples sous-genres.

GOA Maharashtra 1992 mix DJ Laurent

Youri S.



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