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Interview : Festival Panoramas

Salut Joran, on va commencer cette interview de manière classique : pourrais tu nous présenter le festival panorama s’il te plaît ?

C’est un festival créé il ya 16 ans maintenant, par une bande de copains au lycée. Au départ c’était l’idée de monter un évènement à Morlaix car il ne s’y passait plus rien. Avant il y avait un festival mythique qui s’appelait Tamaris qui avait disparu quelques années avant  donc il restait vraiment plus rien à Morlaix si ce n’est les concerts programmés au club Coatelan qui n’en faisait pas beaucoup. Moi j’étais dans un groupe de métal avec des mecs qui sont devenus Habsta kilogram, Fortune et Tepr qui voulaient monter un festival. Ils m’ont demandé si j’étais ok pour faire partie de l’aventure. J’ai dit oui, on a monté un concert qui s’appelait Wart 00 mais la soirée a été annulée car on était pas structurés. Suite à ça on s’est structurés et on a donné le nom de la soirée à l’asso : nous avons donc crée l’asso Wart. Le premier festival s’est déroulé dans les bars de Morlaix avec des groupes du coin et des entrées à 10 ou 20 Francs. L’année suivante on a fait venir Sloy, un groupe qu’on adorait et qu’on avait déjà vu en club. Et puis de fil en aiguille c’est devenu un gros évènement mais ça a démarré avec des lycéens, une bande de potes via une initiative privée.

 

Et maintenant c’est donc un festival avec une programmation de niveau international. Pour donner un ordre d’idée, combien il y a eu de participants l’année dernière au festival ?
22 000 en grande partie sur les 2 soirs au parc expo avec des concerts au club Coatelan le dimanche pour clôturer le festival. Il y a également du street golf et des concerts gratuits autour du festoch.

 

Pour ma part, ça fait 3 ans que j’assiste au festival. L’année dernière on avait vu C2C, tu savais que vous étiez le premier festival a les avoir programmé ?
Oui oui, on sait bien car on s’y était intéressé très tôt. On avait fait la même chose avec Stromaé qui avait fait les Trans juste avant Pano et qui n’avait fait que confirmer la bonne impression qu’on avait de lui en live. C’est d’ailleurs un peu le cas pour Paul K qui fait aujourd’hui des énormes festival : je pense qu’on ne pourrait plus se l’offrir vu l’ampleur que ça a pris. On l’a fait au bon moment.

 

J’y avais également vu Popof et j’ai découvert que vous le faisiez tourner, Wart est donc aussi un tourneur?

Oui, notre activité de tourneur fait partie du développement de notre association depuis des années. Suite au succès d’Habstra Kilogram on s’est improvisés tourneur car on en trouvait pas pour eux. Après on a fait X Makina puis Naïve New Beaters, Sexy Sushi, Popof et bien d’autres. Ca s’est fait naturellement.

 

Et donc ton job a Wart est donc ta seule activité professionnelle, cela te permet d’en vivre ?
Oui exactement, nous sommes 6 à en vivre. Le festival seul ne justifierait pas autant de monde, c’est vraiment l’activité de tourneur et les concerts qu’on fait à l’année qui justifient l’emploi de tant de personnes. Mais ce n’est pas une chose facile car quand ton festival ne vient pas d’une initiative municipale (publique) c’est très compliqué de se faire entendre des pouvoirs publics et un évènement comme le nôtre en salle, c’est extrêmement difficile à concevoir sans subventions (coût des cachets en explosion, normes de sécurité qui sont complètement dingues). L’aide publique est donc vraiment importante, voire indispensable.

 

Revenons sur le festival en lui même : quels sont les artistes qui t’ont le plus marqué par leur passage au festival ?
-La première fois où on a fait venir Vitalic ça restera un grand moment car on était un des tout premier festival  à le programmer. C’est vraiment un habitué de l’évènement (4ème ou 5ème passage).
– Quand Amon Tobin est passé aussi, car c’est un coup de coeur de l’équipe en général.

– Le concert d’Herman Dune également car il y avait vraiment une ambiance de folie.

– Boys Noize aussi pour les 10 ans de Pano car c’était au moment où il a explosé et en plus il a fait un set d’anthologie.

– Les 2 concerts de Baschung aussi au théâtre quand Pano était encore en hiver, il neigeait et il comprenait pas pourquoi les gens ne roulaient pas avec 2 cm de neige puisqu’il vient d’Alsace. De plus,  il n’avait pas arrêté de faire des blagues avec le public alors qu’il n’est pas réputé pour être un mec très marrant. Et on oublie pas qu’il avait fait un effort financier important pour être présent à Pano (on l’avait connu grâce à notre activité de tourneur qui permet de créer des liens forts avec les artistes).

-Public Enemy aussi qui se balladaient dans les rues de Morlaix habillés comme dans leur clip (horloge géante autour du cou) et la patronne de l’hôtel les avait emmené manger des crêpes en bord de mer.
-Sexy Sushi car on les fait tourner et que leur premier concert avait duré 10 minutes puisque Rebecca avait jeté de l’eau sur le matos de Mitch.
-Poni Hoax aussi car c’est des copains à nous et que c’est un des groupes qu’on a le plus programmé.
-Popof dernièrement car on l’a programmé en tant qu’Heretik puis en tant que Popof solo ascendant techno minimale housy.

 

Merci pour toutes ses anecdotes Joran. On va maintenant se pencher plus sur le métier de programmateur. Depuis combien es tu le programmateur de Pano ?

Depuis sa création donc 16 ans.

Tu choisis tout ou ça se fait plutôt en équipe ?
J’en choisis beaucoup mais on décide tout de manière collégiale, on en parle entre nous, on débat. Mais c’est tout de même moi qui propose le plus de trucs. En général nous avons très peu de désaccords.

 

Avez vous des impératifs au niveau de la prog : un nombre définis de headliners ? un cahier des charges ? ou plutôt freestyle dans les choix ?
Il nous faut une ou 2 têtes d’affiche par soir qui fédèrent pour qu’on s’y retrouve financièrement. Les haters sur internet nous font d’ailleurs bien rire quand ils gueulent car on programme un tel ou un tel : s’ils s’y connaissaient un peu ils comprendraient qu’on ne programme pas que ce que l’on veut et qu’il y a une réalité économique derrière tout ça. C’est bien beau de faire que des découvertes mais si c’est pour jouer devant 100 personnes, c’est n’importe quoi et le festival ne se renouvelle pas. C’était notre philosophie quand on était plus jeunes (devenir un transmusicales bis) mais avec l’importance qu’a pris le festival, nous avons dû nous orienter un peu différemment. Pour autant, il y a toujours des découvertes à Panoramas. Nous ce qui nous fait plaisir c’est d’avoir des salles remplies, un public jeune qui vient faire la fête comme jamais et des artistes émerveillés par le public devant lequel ils viennent de jouer.  Ensuite on se prend des bâches sur certains trucs, on aurait bien fait venir Crystal Castles par exemple, Richie Hawtin.

 

Vous vous rendez compte que Pano est devenu un rdv breton comme les Vieilles, les Trans, Astropolis ?

Oui on le voit depuis quelques années. Je commence à avoir des demandes d’invitations par des amis de mes parents pour leur petits enfants par exemple. Pano devient un passage obligé un peu comme un rite initiatique. On organise une belle fête très encadrée avec une programmation de qualité, c’est la recette qui marche pour nous. J’aurais adoré avoir un festival comme celui là quand j’avais 17-18 ans !

 

Une fourchette de votre budget programmation ?

Moins de 200 000 €. C’est un budget assez modique. On s’en sort bien car on fait des paris qui s’avèrent plutôt bons chaque année. Cette année ce serait Bakermat, Klangkarussel, Butch Pleasurekraft, Fauve, Boston Bun et puis il y a pas mal de groupes qu’on fait tourner aussi, c’est important pour nous (Cuir Moustache, Salut c’est cool).

 

On remarque avec la prog du samedi une nette orientation techno : un virage de votre part ou bien virage de la musique électronique en général ?

Les 2 je dirais, on essaie aussi de suivre les goûts du public. Pendant un temps la France était très très électro avec le carton Ed Banger etc… Mais aujourd’hui on assiste à un vrai retour de la techno house et c’était donc important pour nous de retrouver la fine fleur du mouvement avec Dave Clarke, Joris Voorn qui remplace Maceo Plex, Pleasurekraft, Butch, Julian Jeweil. On aurait été complètement dans le faux de rester bloqué sur l’électro même si la première soirée offre aux fans d’électro pas mal de matière. En tout cas ça paie car on a déjà vendu énormément de places pour les 2 soirs.

 

L’année où la prog a été la plus folle selon toi ?

C’est chaque année que je me dis ça, à chaque fois ça correspond à l’humeur musicale du moment !

 

C’est pas trop dur après 16 ans d’existence de renouveler sa programmation ? Programmer de nouveaux artistes jamais passés au festival ?

Si c’est dur car maintenant la concurrence est internationale. Avant la musique électro se cantonnait pas mal à l’Europe puis les US s’y sont mis à fond ainsi que l’Amérique du Sud. Ce qui fait que les headliners sont souvent déjà bookés quand on les contacte, même longtemps à l’avance. Et des têtes d’affiche qui fédèrent tu en as pas beaucoup comme Vitalic, les Bloody, Justice, les Chemical Brothers, Carl Cox, Richie Hawtin, Fatboy Slim. Il y en a 15- 20 à tout casser sans tomber après dans les Avicii, Tiesto qu’on ne fera jamais venir. Donc il y aura forcémment des mecs que l’on va refaire comme les Bloody ou Vitalic cette année. L’année dernière c’était Paul K, DJ Shadow et Digitalism. Après il y a les “sous têtes d’affiche” mais je n’aime pas ce terme où les possibilités sont infinies et changent chaque année. Comme la vague dubstep de l’année dernière, on sent déjà qu’on est dans la fin de la vague mais c’était quand même impressionant la façon dont un mouvement non passé en radio a pu fédérer autant la jeunesse autour d’une même musique.

 

Merci Joran pour toutes ces anecdotes et petites histoires sur le festival Panoramas. On espère que tout va bien se passer pour vous et que ce sera une belle fête comme chaque année mais on a aucun doute là dessus !

A l’année prochaine.

Vous pouvez aussi aller visiter le site de Pano : http://www.festivalpanoramas.com