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Interview : Mad Professor à Londres

Le 7 juillet prochain, nous avons l’honneur d’accueillir une légende du dub à l’occasion du Summer Dub Festival : Mad Professor. On a donc voulu marquer le coup en allant lui rendre une petite visite au sein de son studio « Ariwa », dans la banlieue sud de Londres.

 Après 1h d’overground depuis le centre de la capitale britannique, nous descendons à Norwood Junction, longeons à pied le Selhurst Park, stade qui accueille les matchs du Crystal Palace FC (comme les plus footeux d’entre vous savent… 😉 ) avant de venir toquer à la porte du Ariwa Sound Studio Ltd situé quelques dizaines de mètres plus loin.

 « Just get in, and wait for me in the room on the left! »

 Nous nous installons alors dans le studio du natif de la Guyane britannique pour une discussion autour du dub. En voici la retranscription :

Bonjour Neil, avant tout, pour les rares personnes qui ne te connaissent pas, peux-tu te présenter rapidement ?

Bien sûr… Je m’appelle Neil Fraser mais on me connait plus sous le nom de Mad Professor. Je dirige le studio Ariwa. Nous sommes un label que je qualifierais de dubfriendly et actif.

Il décide alors d’enchaîner directement en nous rappelant ce qu’est le dub sans qu’on ne lui ait posé la question, comme si comprendre d’où vient cette musique, c’est comprendre d’où vient le Mad Professor.

Le dub a été la première forme de musique électronique. Le moment dans l’histoire de la musique ou l’ingénieur devient le créateur, c’est lui qui crée la vibes. Jusqu’alors, c’était le musicien. Le Dub a amené les effets et rendu la musique plus abstraite. Le nom « dub » vient d’ailleurs de l’overdubbing (que l’on pourrait traduire par l’idée de rajouter des couches sur un enregistrement). Le dub, c’est aussi l’âme du reggae car au début il y avait le reggae, en Jamaïque. Accompagné du ska et du rocksteady bien sûr… Et tout cela s’est ensuite exporté en Grande Bretagne.

Tu viens de nous dire que dans le dub, l’ingénieur devient le créateur. Dans ton cas, tu es l’ingénieur, mais faut-il aussi être musicien pour produire du dub ?

Pas nécessairement. Le dub c’est vraiment ça, il est vraiment question de l’ingénieur avant tout.

Joues-tu d’un instrument ?

Oui un petit peu, mais c’est vraiment à côté. Je reste avant tout un ingénieur.

Et d’où viennent les instrumentales sur tes tracks ?

J’ai mes musiciens qui enregistrent au studio. Ils enregistrent et ensuite je travaille avec tout ça. Ici pas d’ordinateur, j’aime la jouer old school.

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Ça a toujours été le cas, même au tout début ?

Surtout au tout début ! Maintenant le dub est un peu reconnu, mais à l’époque c’était vraiment de la niche, on n’avait pas le choix. Si on voulait des instrumentales, le seul moyen était de les enregistrer nous-même.

En effet, tu as fait un nombre incalculable de collaborations dans toute ta carrière. Il y en a-t-il une que tu considères plus importante que les autres?

Elles sont toutes importantes pour moi, mais il est vrai que celle avec Massive Attack est celle dont on a le plus parlé.

Existe-t-il un artiste en particulier avec qui tu aurais ou aimerais avoir l’opportunité de collaborer ?

J’aurais aimé coproduire avec Bob Marley, tout simplement car je l’admire profondément et que c’était vraiment quelqu’un de brillant, et cela dès le tout début de sa carrière. Je pourrais également mentionner William Devaughn qui a été une source d’inspiration.

Toi qui a beaucoup voyagé, tu nous as dit que le dub venait des Caraïbes puis s’était exporté en Europe. Quelle est selon toi la carte du dub de nos jours ?

Je ne sais pas… Je n’en ai vraiment aucune idée… Je dirai que le dub est en quelques sorte devenu mainstream, on en trouve un peu partout. Peut-être moins en Amérique du Nord car là-bas tout est marketing, et le dub n’est pas vraiment un produit marketing. Mais récemment j’ai fait une tournée en Asie. Je suis allé au Japon, en Corée, en Thaïlande, en Inde… et il y avait des expatriés parmi le public mais pas seulement, beaucoup de locaux également.

Si on te demandait de nous donner rapidement une playlist composée de 3 titres : ton son dub favori, ton son non-dub favori et ton son du moment, ça donnerait quoi ?

… Il réfléchit longuement…

 Pour le son dub, peut-être « Budwah » de King Tubby. Sinon, non-dub, ça serait « Me and Ms Jones » interprété par Billy Paul. Enfin pour le son du moment… En fait il n’y en a pas vraiment… J’ai la tête dans les productions du Ariwa Studio donc j’écoute pas grand-chose à côté en ce moment…

Dernière question maintenant, pour ceux qui de leur côté produisent un peu de dub, quel conseil leur donnerais-tu pour faire un bon son dub ?

Il faut impérativement qu’il y ait quelque chose qui débloque les mémoires… Et le meilleur moyen c’est de trouver la chose qui rend le son unique… Je pense d’ailleurs que cette chose qui rend ce son unique, c’est la mélodie. Il faut qu’elle ait un aspect hypnotique… Oui c’est ça, une mélodie unique, je pense que c’est ça…

L’interview s’arrête ici, le professeur nous remercie poliment, un peu fatigué par ses récents voyages. Il prend néanmoins la peine de nous faire une rapide visite de son studio et de nous offrir les nombreuses compils récemment produites par Ariwa.

Nous le saluons chaleureusement avant de rentrer à la maison, impatients de le revoir très vite du côté du Glazart le 7 juillet en compagnie de son fils en MC, Joe Ariwa et sur le sound system du BoomBoom Collective !

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