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Dubamix : interview

Comme à notre habitude, on vous propose de rencontrer un des artistes qui sera présents à notre prochaine faya et cette fois-ci c’est Greg de Dubamix qui nous a reçu! Ils seront présents pour l’Opening party du Summer Dub festival  le 9 juin 2017 au Cabaret Sauvage pour un live Dub aux côtés des grands Ondubground et de Dawa Hifi.

Dubamix c’est avant tout une formation de 3 personnes sur scène. Peux-tu nous présenter le rôle de chacun des membres? Qui compose ?

Salut à toute l’équipe de Paris Dub Session et salut à toi, dubber, dubbeuse qui lira cette interview. Alors Dubamix sur scène c’est :

– Bonj, dubmaster qui mixe en live : il ajoute de la reverb, du delay, coupe/rajoute des pistes,…

– Jérémi, VJ qui déclenche des vidéos et leur ajoute des effets en live également,

– moi-même, Greg, : j’utilise un sampler pour déclencher des sons (extraits de discours, de musique,…) et joue du saxophone ainsi que du melodica.

Je compose les musiques sur mon ordinateur, à l’aide du logiciel Fruity Loops. Je crée une base rythmique et harmonique sur laquelle j’intègre ensuite des samples d’horizons variées avec l’aide précieuse de Sophie.

Comment vous est venue l’idée de produire du Dub militant ?

Assez naturellement car j’étais passionné par la musique (étudiant en musicologie et membre d’un groupe de reggae, Lion Stepper) et révolté face à une société inégalitaire et raciste. En plus de l’engagement politique que j’avais et continue d’avoir (dans la rue et/ou des organisations politiques/syndicales), j’ai souhaité apporter ma pierre à l’édifice contestataire en créant des musiques qui auraient une ambition double : donner du peps dans les manifs (c’est là où nos musiques ont pour la première été diffusées publiquement) et porter un message libertaire sur le net et dans les sounds systems.

Chaque titre traite d’un thème en particulier la pauvreté, l’éducation, Sarkozy… par le biais de discours politique ou journalistique samplé ; quelle est l’étape de sélection quand on voit tout ce qui passe à la TV ?

La façon de composer avec les samples a un peu évolué. En effet, ça passait souvent par un discours politique ou journalistique, mais il m’a semblé important de m’attacher davantage à dénoncer et combattre le fond (le système capitaliste et les idées racistes/sexistes/homophobes) plutôt que la forme (les représentants de ce système). C’est pourquoi sur les derniers albums (“Pour qui sonne le dub” sorti en 2014 et le Maxi 2 titres sorti il y a quelques semaines), la parole est davantage donnée à des femmes et des hommes qui se battent au quotidien pour la justice sociale et l’égalité qu’à des hommes politiques dont on voudrait démonter le discours.

Les samples, qu’ils soient “musicaux” ou “politiques”, sont sélectionnés de deux manières différentes et complémentaires. Premier cas de figure : je suis en train d’écouter de la musique, regarder une vidéo, un film, …. Un extrait m’interpelle particulièrement, alors je prends un carnet ou mon téléphone et note les références et le minutage de l’extrait, que je découperai dans les jours qui suivent puis classerai parmi les centaines d’autres samples “en attente”. Je piocherai ensuite dans ces samples pour agrémenter mes futures musiques en prenant le soin que leur présence soit cohérente d’un point de vue esthétique et politique.

Deuxième cas de figure, je suis sur la composition d’une musique avec une thématique et une ambiance donnée (par exemple “Ils ne cherchaient personne » sur le massacre d’Oradour-sur-Glane) ; alors je vais chercher des extraits particuliers pour coller parfaitement avec le morceau. Dans ‘Ils ne cherchaient personne”, j’ai utilisé des extraits du “Quatuor pour la fin du temps” d’Olivier Messiaen, oeuvre composée dans les camps de concentration, et de “Les loups sont entrés dans Paris” interprété par Reggiani, afin de mettre en résonance le morceau avec le contexte historique horrible dans lequel s’est inscrit ce massacre.

On peut voir que la politique a dégoûté une grande partie de la jeunesse. Penses-tu que la musique est un bon moyen pour la rendre plus compréhensible ?

Je ne sais pas si la politique est si “incompréhensible” que ça. Il paraît clair pour de nombreux jeunes (cf manifs récentes contre la Loi Travail) que nous avons affaire à des dirigeants politiques qui n’ont de cesse de privilégier les entreprises afin qu’elles fassent toujours plus de profit, aux détriments des étudiants/travailleurs/chômeurs qui triment. Avec Dubamix, ce qu’on essaie de faire, c’est de continuer à faire vivre les idéaux révolutionnaires d’émancipation et de créer des liens entre les luttes passées et actuelles. C’est notamment pour cela qu’on peut entendre des vieux chants anarchistes espagnols (“A las barricadassur “Pour qui sonne le dub”) ou yiddish (“In ale Gasn” sur “Les P’tits tracts”) dans nos morceaux.

Il y a par ailleurs une confusion que les médias se plaisent à accentuer entre “faire de la politique” (c.a.d s’occuper de la vie de la cité) et les dirigeants politiques qui ont pu en effet décevoir les illusions des jeunes ou moins/jeunes. Il nous apparaît important de montrer que faire de la politique au sens noble du terme, c’est prendre sa vie en main, participer à la vie de son quartier, discuter avec nos voisins/collègues, inventer ensemble des moyens de lutte et de résistance, refuser de se résigner, partager des idées de lectures, …

Peut on dire que Dubamix est un moyen d’éducation populaire ?

Même si on est conscient que des morceaux de musique ne vont pas changer le monde, on espère en effet participer, de concert avec les innombrables initiatives d’éducation populaire, à la reprise en main de nos vies par nous-mêmes et à la diffusion de la culture libre et sans frontières.

Qui sera la prochaine personnalité politique à être samplée?

Comme je le disais précédemment, je m’attache plus en ce moment à donner la parole à des femmes et des hommes qui se battent et qu’on entend peu plutôt qu’aux politiciens qu’on entend à longueur de journée. Les prochain-e-s à être samplés ? Peut-être cette génération “uberisée” et fliquée de travailleurs surexploités comme les coursiers de Deliveroo, ou bien les salariés qui se battent contre leurs fermetures d’usines, quitte à les faire tourner sans patron comme les Fralib, …

Le 9 juin prochain vous serez au Cabaret Sauvage au côté de Ondubground et de Dawa Hifi! Un petit mot à faire passer à votre public avant cette date :)?

On est vraiment ravis et pressés de jouer dans cet endroit emblématique des nuits parisiennes qu’est le Cabaret Sauvage où on a des souvenirs personnels forts de concerts auxquels on a assisté (Ken Boothe, Tarrus Riley, Midnite, ou bien encore les Rub A Dub Party de Soul Stereo !). On compte sur vous pour faire passer l’info, inviter vos potes/collègues/camarades/voisins et être présents en masse le 9 juin !

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