Dub Masters #2 // Lee “Scratch” Perry

Lorsqu’on dit que le reggae et le dub sont deux styles musicaux inséparables, on se rend compte que Lee Scratch Perry serait peut-être la personne qui illustre le mieux cette vérité. Véritable guide spirituel pour de nombreux artistes qui feront l’objet d’une chronique “Reggae Legends” dans quelques semaines tels que Bob Marley, Max Romeo, The Gladiators (et la liste pourrait être plus longue), c’est en tant que producteur de morceaux dub que Perry fût reconnu comme mythe via ses créations. Ne l’oublions pas, nous sommes avant tout là pour le son, la playlist sera donc concentrée sur les perles dub que ce chaman musical nous a offert. Cependant, nous ne pouvons pas présenter Lee Perry sans faire référence à sa période de construction et à ses rencontres dans le monde du reggae : sa discographie dub s’est construite en parallèle à tous ses travaux pour d’autres artistes nettement plus reggae.

Jeune, Lee Perry commence comme homme à tout faire chez Coxsone dodd. Prestations d’ingénieur du son, d’audition, d’organisation de sessions d’enregistrement voire même de chanteur. C’est au sein du soud system de Dodd qu’il devient Little Lee Perry et qu’à la suite de premiers enregistrements dans les locaux de Dodd, il se fait surnommer Scratch Perry. Lee “Scratch” Perry vient donc de naître mais son travail chez Coxsone n’est pas reconnu : il est très mal payé et n’apparaît pas sur les crédits des vyniles pour ses prestations. Perry opère à un changement majeur et migre chez le concurrent Joe Gibbs. Le problème est qu’il rencontre les mêmes difficultés que chez Dodd. Fin 60’s, Lee Perry décide de lancer sa carrière solo, en tant que producteur et artiste.

En 1968, il monte le groupe The upsetter et crée un label éponyme. La première sortie du label est un succès commercial, première réussite d’une carrière débutée depuis plus de 5 ans déjà. De cette sortie vont s’enchaîner les 10 années les plus prolifiques de la carrière de Perry. En effet, ce succès lui amène à signer un accord avec le label Trojan, qui distribuera toutes les sorties de The Upsetter en Angleterre (+ de 100 productions entre 1969 et 1974). En parallèlle au lancement de sa carrière perso, en 1969, Perry commence à travailler avec The Wailers et le futur King of Reggae : Bob Marley. De nombreuses sources s’accordent pour dire que Perry a lourdement influencé la musique et le style de Marley. C’est sous la houlette de Perry que les Wailers et Marley sortiront Soul Rebel, Soul revolution et Rasta Revolution. L’expérience et le réseau de Perry lui feront également rencontrer King Tubby (Dub Masters #1) qui l’influença autant sur ses productions dub que pour son travail d’ingénieur du son pour d’autres artistes.



Avec une telle actualité et un tel succès, Lee Perry s’offre enfin le rêve qu’il a depuis une dizaine d’années : en 1974 est contruit puis ouvert le studio Black Ark, son propre laboratoire musical. L’âge d’or du Black Ark durera 5 ans lors desquels Perry s’élèvera au rang de mythe, légende, du dub et du reggae à la fois. Le Black Ark est une véritable usine à hits, à tel point qu’en 1976, Perry signe un accord avec Island Records pour la distribution des gros albums (The Wailers, Max Romeo, The Gladiators, Augustus Pablo …) produits par The Upsetter. Perry en profite également pour aiguiser sa connaissance des machines dans son studio, inspiré par King Tubby, il expérimente ses jouets et crée de nombreux effets aujourd’hui réutilisés et qui, à cette époque, étaient la signature de Perry sur ses productions. L’album Blackboard Jungle Dub est sans aucun doute le disque dub phare d’un Perry au sommet de son art. En plus d’être l’un des producteurs les plus prolifiques en reggae, il se permet aussi de nombreuses dub sessions avec Tubby, U Roy et bien d’autres : toutes les sessions et disques enregistrés par ses soins lui servent également pour ses morceaux dub, ou comment faire des hits, à partir de hits.


Cette période sans conséquent touche à sa fin en 1980, le hit maker connaît des difficultés notamment à cause de sa trop grande implication dans sa carrière, la fatigue prend le dessus, certains évoquent aussi la folie ou la schizophrénie. Les hits se font de plus en plus rares, en 1979 Perry tente de détruire le Black Ark, il y parviendra en 1983 en y mettant le feu. Il décide de quitter définitivement la Jamaïque pour l’Angleterre. Là bas, il se permet d’enregistrer des CD avec sa propre voix comme vocal, il le fera jusqu’à aujourd’hui mais ses albums rencontrent un succès moindre. Les collaborations en Angleterre sont nombreuses et en grande partie avec la génération 80 du renouveau du dub au UK : Mad Professor, Adrian Sherwood. Ces dernières redorent le blason de Perry, qui se réaffirme comme l’un des pères fondateurs du mouvement dub et comme l’un de ses meilleurs techniciens. Perry se permet également quelques productions hard trance (influencé par le mouvement qui naît en Angleterre ) à cette époque.


En 1990, Lee “Scratch” Perry prend en quelque sorte sa retraite. Il s’en va vivre dans les montagnes suisses avec sa femme. Dans sa nouvelle maison, il construit le White Studio d’où il enregistre ses compositions les plus récentes. Il va quasiment disparaître du paysage musical, on entendra parler de lui que pour la sortie de ses nouveaux albums et pour des dates de concerts plutôt rares. En 1997, il participera au concert pour la liberté du Tibet en tant que doyen du concert, invité par les Beastie Boys. Ce concert sera suivi par une grosse tournée US, à la surprise générale, mais pour le plus grand bonheur de tous.


Voilà rapidement le déroulement de la carrière de Lee “Scratch” Perry mais il manque de nombreuses anecdotes. Toutes ses collaborations, sorties et projets n’ont pas été énoncé dans ce billet, cela aurait été beaucoup trop long. Au moins vous avez les grandes étapes de l’évolution de ce monstre du dub et du reggae. On vous laisse maintenant savourer 7 sons dub de Perry, du dub très sombre, comme les présentations qui ont été écrites sur ce personnage mystérieux.

 

 

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