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Ce que la techno et la house doivent au Dub

La house et la techno, sont deux traditions de la dance music qui, de plus en plus institutionnalisés, ont su accéder aujourd’hui à un statut omniprésent, si ce n’est omnipotent sur les pistes de danse du monde entier.

Mais quelles sont les racines de ces musiques électroniques, comment ce groove qui leur est propre s’est retrouvé dans une musique si ambivalente, humaine et inhumaine à la fois ? D’où proviennent les techniques utilisées pour produire la house et la techno ?

Apparu à la fin des années 60 en Jamaïque, le Dub est à la house et la techno ce que le Blues fut au Rock’n’Roll. Résultat d’expérimentations techniques menées par des génies du son sur le Reggae, le Dub a légué un héritage technique, esthétique et culturel aux dance music des années 80 et 90, que les producteurs d’aujourd’hui continuent de s’approprier.

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On peut affirmer sans trop prendre de risques que la plupart des mutations de la musique populaire d’après les années 60 dérivent des pistes de danse jamaïcaines, punk-rock mis à part.
Prenons la tradition du sound system, qui a fait la gloire des raves et des free party techno depuis les années 80. Et bien, cette forme de transmission de la musique est apparue en Jamaïque dans les années 50. Les sound systems étaient destinés à remplacer les grands orchestres dans les night club de Kingston. Ils se composaient de platines vinyles, d’un amplificateur et d’énormes hauts parleurs, le tout géré par un MC (maitre de cérémonie) et un DJ chargé de sélectionner les disques.
Au début des années 60, les sound systems jouaient du Rythm and Blues américain, puis certains décidèrent de créer leurs propres productions, lesquelles prirent les accents typiques des sonorités locales.

 

Pour la petite histoire, le dub serait né d’une erreur en 1967, celle d’un ingénieur du son, Obbourne Ruddock, alias King Tubby. Chargé de graver un disque de Reggae, il oublie de déclencher la piste vocale, seul l’instrumental est gravé sur le vinyle.

Le morceau est tout de même joué par les Dj jamaïcains qui s’aperçoivent que le public est très réceptif à cette version exclusivement instrumentale. Cette anecdote, fait du Dub la première musique électronique sans paroles, ce qui induit un tournant essentiel dans la manière de percevoir la musique dansante. Le public se passe très bien du langage car il est parti à la recherche d’autre chose. Une sorte de transe, un état de conscience modifié dans lequel la musique s’adresse d’avantage à la sensibilité qu’à la raison.

Cette émancipation du langage sera l’une des caractéristiques principales de la techno. Musique dont l’objet est également de provoquer cette douce folie, état de conscience altéré où seul l’instant présent compte.

 

Lee Perry and The Upsetters – Black Board Jungle Dub

 

Les gourous du son jamaïcain ne mirent pas longtemps à expérimenter et bricoler les instrumentaux. King Tubby qui était l’ingénieur du son du sound system Home TOwn Hi Fi inventa une grande partie des techniques du dub.

Avec Lee « Scratch » Perry il fut le premier dans ses mix à isoler certains instruments, à utiliser des sons issus du quotidien comme des bris de verre ou des rires de bébé. En d’autre terme, ils furent les premiers à utiliser la technique du sampling.

Les producteurs de Dub supprimaient dans leur morceaux une partie de la rythmique pour la réinjecter, utilisant des effets d’equalisation, d’écho et de delay (retard), ce qui modifia profondément l’atmosphère des morceaux. On retrouva dans les années 90 toutes ces techniques dans la boîte à outils du producteur de techno.

 

Les ingénieurs du son utilisaient également les techniques de découpage et montage de bandes magnétiques, qui remontent aux expérimentations d’avant-garde des années 40. Ces techniques utilisées par des groupes de rock comme les Pink Floyd, Grateful Dead etc. furent l’objet d’une fascination sans limites de la part des producteurs de dance music, jusqu’à l’arrivée du numérique.

Parmi les techniques de manipulation de bandes magnétiques, les producteurs de Dub utilisèrent celle du time stretching (étirement et extension de la musique) qui confère à cette musique son côté lancinant et son pouvoir sensuel que l’on retrouvera dans la house de Chicago et de New York.

En réduisant l’orchestration aux pistes rythmiques, batterie et basse et percussion, ils jetèrent, aussi, les bases de la culture du remix.

 

Au début des années 80, les techniques du dub suivirent l’exode jamaïcain vers le Royaume-Uni et l’Amérique, et furent aussitôt exploitées par tous les principaux dj et remixeurs de la scène new yorkaise notamment. C’est ainsi que le légendaire Dj Larry Levan donna naissance à la house garage en faisant un usage subtil de l’echo et du delay sur le titre « Don’t make me wait » des NYC Peech Boys, faisant de son remix une des pierres angulaires de la house music.

NYC Peech Boys – Don’t make me wait Larry Levan mix

Dans les années 90, l’héritage du dub est totalement assimilé par les producteurs de dance music. Les frontières entre house, techno et dub s’évanouissent alors, dans un tunnel sonore de cliquetis métalliques, avec ce bijou transgenre, millésime 1994, de Basic Channel, Phylyps Trak II/II.

 

Basic Channel – Phylyps Trak II/II (1994)

Pour en savoir un peu plus sur l’alchimie du Dub

Tracks sur le Dub

http://tracks.arte.tv/fr/lalchimie-des-sound-systems